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Une histoire en devenir

Le tronçon de voie Domitienne compris entre Narbonne et Salses épouse de très près le cheminement de l’actuelle route d’Espagne sauf entre les abords de l’étang du Deume (Sigean) et Desferra Cabals (Roquefort). En effet, vers le milieu du XVIIIème siècle, le Chemin Royal quitta le vieux Cami Francès à hauteur du Deume pour gagner la plaine de Roquefort en opérant un détour par Sigean alors en marge du trafic routier. Le pont du Lac fut construit à cette occasion (entre 1746 et 1750) et Sigean supplanta le relais de Villefalse comme ville étape sur le chemin d’Espagne.

L’autoroute « La Catalane », mise en service en 1978, retrouva l’itinéraire primitif. Elle colle d’avantage à la voie romaine que la Nationale 9 et la chevauche même en certains points, au Sud de l’échangeur de Sigean. Quand on sait que les grandes orientations du tracé autoroutier ont été définies par l’informatique, on est surpris par la précision avec laquelle les romains, qui ne disposaient que des moyens rudimentaires, ont élaboré empiriquement un itinéraire si rationnel.

La Via Domitia en provenance de Narbonne par Prat-de-Cest (qui doit son nom à la borne milliaire ad sextum) entre sur la commune de Sigean par le lieu-dit Deume (dont le nom est rattaché au latin decimus, dixième mille de Narbonne) et poursuit en direction de Prat d’Audène (contraction probable du latin undecimus, correspondant au onzième mille). Elle franchissait la Berre au pied de l’oppidum de Pech Maho. Des vestiges d’une pile et d’un tablier de pont dans la rivière, à quelques mètres du gué de Villefalse, attestent de l’ancienneté de ce passage. Bien que l’existence de ce pont ne soit mentionnée qu’en 1335, il semblerait que les infrastructures de cette pile soit d’époque antique.
La Berre franchie, ainsi que la zone marécageuse des Légunes, l’emprise de l’autoroute suit approximativement l’itinéraire antique qui passait par le col de l’Agrède (du latin gradus : passage au col), traversait la plaine de Roquefort et franchissait « Les Côtes » aux lieux-dits Desferra-Cabal et la Calade, deux autres toponymes significatifs de vieilles routes.
Si la direction générale de la Via Domitia sur notre territoire ne semble plus susciter de polémiques (les propositions d’itinéraires par les garrigues, à l’Ouest de Roquefort, sont aujourd’hui considérées comme obsolètes ) en revanche son tracé précis pose encore de nombreux problèmes.
Dans un périmètre qui s’étend grossièrement de Grange Neuve (Domaine de Mattes) aux Quatre Chemins, à cheval sur les communes de Roquefort et de Sigean, se rencontrent au moins cinq portions de voies à ornières d’origines et d’époques différentes. Trois de ces voies, dont certaines présentent d’impressionnantes ornières, d’orientation approximative Nord-Sud, ont été assimilées au célèbre chemin de Domitius.
A environ deux kilomètres à l’Ouest de Sigean, de part et d’autre de la butte de Bérade, se remarquent les vestiges de plusieurs importantes voies d’époques diverses.
Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, le chemin d’Espagne, qui a légèrement fluctué au cours des âges, passait en ces lieux. Ces Portions de voies matérialisées par les traces que les chariots ont laissées sur les affleurements rocheux appartenaient à 5 chemins distincts.

On distingue en partant de l’Ouest :